Le soir donc, alors que toute remontée pressurisée avait cessé depuis longtemps, je me mets à ressentir quelques vertiges. Quoi ? que je me pense, tu aurais le mal des montagnes ? Tu ne l'as jamais eu au Mont Blanc et tu l'aurais à 129 m d'altitude (altitude de l'écluse) ? Curieux non ? Je place ses sensations bizarres sur le compte du Mobil Home : il était monté sur roues et avait tendance à légèrement se déformer au passage de ses habitants.
La dernière nuit avant le tri est déjà bien avancée quand je me lève pour aller pisser dehors. Là ce n'est plus la même chose... je dois m'agripper à une rambarde pour pisser correct, les vertiges et les premières petites nausées se font bien plus violents qu'hier soir. Je retourne (c'est le cas de le dire) me coucher. A 4h 30 la montre sonne, les vertiges ont presque disparu. Melle C sort de sa chambre et me dit :
- Ca va pas Michel ?
- Si c'est bon, c'est que je suis encore endormi...
Après réflexion, je me souviens maintenant clairement qu'elle a posé cette question
avant même de m'avoir vu...
Le petit déj a du mal à passer, la simple vue de la boîte à fromages me redonne le tournis.
Nous arrivons au parc à vélo. L'air frais (7° au thermomètre de la voiture à notre départ du camping, 10° à l'arrivée à Cambrai) me fait du bien, mais ce n'est pas la grande forme. Le départ est donné, je pars le dernier, juste devant les kayaks suiveurs. Le parcours est balisé tous les 500 m, petit à petit, je remonte pas mal de monde. 1000 m tout semble bien aller, finalement, je me suis fait des idées... 1500 m, j'ai à peu près trouvé ma place parmi les nageurs, les spectateurs nous suivent en marchant le long du chemin de halage. 1900 m, le demi tour (enfin je veux dire le turning). Le soleil est levé, la journée s'annonce magnifique. 2000 m tout va bien.
Ensuite tout est allé très vite. Je lève la tête pour respirer puis je souffle dans l'eau (normal, on fait tous ça) ; sauf que là il n'y a pas eu que de l'air qui est sorti de la bouche... vous voyez ce que je veux dire. Par la bouche et par le nez car je souffle aussi par le nez. Ca fait tout bizarre, on se demande ce qui arrive, on en vient à se demander (en une fraction de seconde) si au lieu d'expulser de l'air on n'a pas plutôt avalé de l'eau. Bon, ces interrogations ne durent pas très longtemps, j'ai vite fait de cerner la situation... vite je me mets en P.L.S au milieu du canal (j'vous expliquerai à la piscine comment on se met en P.L.S dans l'eau... c'est toujours bon à savoir). Une seconde remontée liquide donne de nouveau à manger aux poissons (et aux nageurs derrière moi).
- Maman maman regarde ! y'en a un qui vomit au milieu du canal !
- Où ça ?
- Là !
- Ah ouais ! c'est vraiment des malades ces types !
La crise est passée, je me remets à brasser, je n'ose pas crawler car il y a trop de roulis. 100 ou 200 m plus loin je remets ça. Cette fois-ci j'émets davantage de bruit car l'estomac commence à se vider, il faut donc aller chercher plus profond alors naturellement ça beugle... Pour l'occasion je teste une nouvelle position : debout tout simplement... et ben, croyez moi ou pas ça va pas si mal debout oui oui...
- Maman regarde il vomit encore !
Je commence à grelotter et la perspective d'enchaîner 180 km de vélo + 42.2 à pieds me descend le moral jusqu'aux pieds (n'oubliez pas que je suis debout, je bats des mains pour ne pas couler, je vous montrerai comment faire à la piscine, c'est toujours bon à savoir). Le panneau 3000 m arrive, franchement, vu ma vitesse d'avancement, je me demande si je vais sortir dans les délais. Des troupeaux de nageurs me passent... à bonne distance. Sur la berge, j'ai mon groupe de fans, un petit groupe qui avance nettement moins vite que les autres sans regarder où ils mettent les pieds, le regard vissé au milieu du canal, là où barbotte le malade.
- Tu crois qu'il va encore vomir maman ? hein ?
- Bah non, faut pas rêver mon fils, il doit être vide après ce qu'il a déjà rendu... regarde tout ce qui flotte derrière.
- Ah...
3300 m de faits plus que 500 mais sacrées nausées. J'en viens à présent à brasser debout pour ne pas être surpris par une nouvelle éruption. Pas facile à brasser debout, je vous montrerai comment faire à la piscine, c'est toujours bon à savoir. Et hop c'est reparti, y'en avait encore un peu au fond du réservoir, je ne beugle plus, je brame. Mes aficionados sont aux Anges, ils ne se sont pas levés tôt pour rien ! C'est un sacré spectacle le triathlon quand même ! Tout juste s'ils ne m'applaudissent pas. Mes brames ont cette fois ci attiré un canot de l'organisation (le type était peut être chasseur ?).
- Mossieur ! Mosssieur ! ci ça ne va pas il faut monter dans notre bateau ! Mosssieur ! vous m'entendez ? Mossieu, ça va aller ?
- Non ça ne va pas et ça ne va pas aller... mais aururgeuh ! je monterai jamais sur ton bateau ! aururgeuh !
- 3800, je tremblotte, un gars vient me chercher car je n'arrive pas à me mettre debout (un comble quand même : je suis resté debout dans l'eau sur les 500 derniers mètres et je n'arrive plus à tenir vertical sur terre...). Je titube tout penaud jusqu'au vélo. Tof, inquiet, est déjà prêt à partir, il m'attend, on ne lui refera pas le coup d'Annecy 2007. Melle C lui dit alors "
il ne se serait pas noyé quand même ?". MOI JE DIS QUE CETTE PHRASE EST UN AVEU ! JE NE L'INVENTE PAS PUISQU'ELLE A ETE RAPPORTEE PAR TOF LORS DE SON COMPTE RENDU CI-DESSUS !
Je ne sais pas quoi faire... prendre le vélo après ces événements ? avec rien dans le bide combien de km vais-je faire si je ne peux plus m'alimenter ? Bah de toutes façons, je n'ai rien à perdre (j'ai tout laissé dans le canal), si au bout de la première boucle de 60 km je n'ai pas pu manger ni boire alors j'arrêterai. L'intuition était bonne, je tente d'avaler quelques bouchées de pain au bout de 10 km, puis quelques gorgées de jus de fruits... tout passe bien. La confiance revient et le reste de l'Ironman se déroule normalement.
"Normalement" chez moi, ça signifie des nausées et des vomissements sur le marathon (ah ben oui, quand même !) mais ces nausées et vomissements là sont habituels, je sais qu'ils ne sont pas dus à un empoisonnement, il font partie de ma personnalité, je les aime bien finalement...
Cependant, cependant... le 30ème km arrive, la fin de l'épreuve n'est donc plus très loin et je suis horriblement inquiet... je n'ai toujours pas de nausées... antérieurement, elles arrivaient à la fin du vélo ou au début de la cap... mais là ça fait déjà presque 4h que je "cours" (enfin disons que je me déplace) et toujours personne... je demande à quelques concurrents s'ils n'ont pas eu de nausées... rien... arrive le 32ème, plus qu'un tour à faire, je bois une rasade à mon ravito perso et argueubeuh les voilà ! ah ça fait plaisir quand même !
Je sermonne tout de même mon réservoir : "Qu'est-ce que t'as trafiqué ? ça fait un bras que je t'attends ! non mais t'as vu l'heure ? tu veux que je te redonne du fromage ou bien ?". Bon, il a dû retenir la leçon parce qu'il ne m'a pas lâché jusqu'à la fin. Je "cours" (enfin disons que je me meus) encore un peu jusqu'au 34ème, me fait doubler -en un coup de vent qui a failli me basculer dans le canal- par Melle C qui ose me dire qu'elle a mal au ventre ! Le fait de marcher calme les nausées (moins de vibrations) et l'arrivée n'est plus très loin. Je croise mes groupies du matin, si j'avais eu encore un peu de bile dans le réservoir, je leur aurai vomi dessus, si ça se trouve ils aiment ça... allez savoir chez ces malades...
Bon voilà, vous l'avez eu mon CR.
Les enseignements : boire boire et boire. J'ai fait un effort vis-à-vis des précédents tris et les nausées ne sont arrivées qu'au 32ème. C'est très encourageant, la prochaine fois il faudra davantage écluser (je n'ai bu que 4.5 litres sur tout le tri, ce n'est sans doute pas assez, surtout après mon délestage dans le canal). L'organisation était parfaite, comme quoi, avec 150 euros d'inscription, on peut faire de très belles choses, tant mieux s'il n'y a pas de champions à payer à la fin, ça fait 150 à 200 euros de plus dans la poche.
Dernier enseignement : n'acceptez jamais de fromages.